Jean-François Maurige est né en 1954 à Yssingeaux. Il vit et travaille à Paris.
Jean François Maurige obéit depuis 1983 à un protocole immuable dont la première étape consiste à utiliser une toile rouge achetée au marché Saint-Pierre qu’il recouvre d’une légère couche de peinture acrylique blanche. Il note que “ce dispositif toile rouge plus recouvrement blanc caractérise une touche à la dimension du tableau” et ajoute “le recouvrement blanc, plus ou moins blanc, habituellement utilisé comme préparation de fond, entre en relation avec le rouge de la toile pour sensibiliser la surface et activer la production de formes potentiellement présentes dans le plan ainsi esquissé…”
C’est mieux dans la cour !
par Frédéric Paul (extrait, p. 5)
L’œuvre de Jean-François Maurige naît au milieu des années soixante-dix entre Support-Surface et BMPT — ces deux groupes d’artistes agissant avec des méthodes et des partis pris différents contre l’abstraction déliquescente héritée de l’École de Paris, qui sera décidément irrecevable après 1968. De nouvelles revues artistiques apportent alors une meilleure connaissance de l’art américain d’après guerre, notamment dans les écoles d’art. Maurige en tire également parti. Comme des rencontres déterminantes qu’il fait avec les œuvres de Simon Hantaï; puis de Robert Ryman ou Martin Barré, lequel ne cessera de le captiver. À Saint-Étienne, où il est étudiant, il crée, notons-le, une galerie associative où exposent, de 1975 à 1977 : Viallat, Toni Grand, Buren, Mosset, Rückriem, Devade, Sarkis, Art & Language… Le musée d’Art et d’Industrie, qui comptait alors, grâce à Bernard Ceysson, son conservateur, comme une des institutions françaises les plus progressistes, favorisait en effet l’émergence de telles initiatives et mettait en contact les artistes et les plus curieux des étudiants des Beaux-Arts. L’école n’était d’ailleurs qu’à deux pas du musée.
Contrairement à la figuration narrative, qui puisait sa verve rebelle dans l’imagerie populaire, BMPT (qui réunit Buren, Mosset, Parmentier, Toroni) et Support-Surface (Bioulès, Cane, Devade, Dolla, Dezeuze, Pagès, Pincemin, Saytour, Viallat…) firent porter leur contestation sur un terrain dégagé de tout souci de représentation, comme si celle-ci occasionnait une gêne, dressait un obstacle et, inversement, comme si l’abstraction, s’affranchissant des limites du réel, traçait le plus court chemin vers les questions essentielles…
De BMPT et de Support-Surface, Maurige retiendra les mérites de la contrainte arbitraire. À l’instar de Toroni ou de Viallat appliquant, à intervalles réguliers, qui ses empreintes de pinceau, qui son pochoir à motif d’éponge ou d’osselet, Maurige observe un protocole immuable depuis ses débuts : 1. utilisation d’une toile de confection rouge au lieu de la toile de lin ou de métis traditionnelle; 2. préparation sommaire à la peinture blanche, très liquide, badigeonnée verticalement ou en diagonale sur la toile agrafée au mur; 3. brossage énergique d’une ligne noire sur la toile posée à même le sol; 4. montage sur châssis selon l’aplomb de la bande noire, qui devient axe vertical de la toile ; 5. passage de la couleur rouge; 6. retournement au sol du résultat une dizaine de minutes — « pour éclaircir la couleur » [Déclarations de l’artiste, faites au cours de conversation entre 2000 et 2002.] — avant séchage.